Contexte

Le 19 avril 2024, le temps d’une soirée, vous avez endossé le rôle d’un pirate. Vous avez embarqué pour l’épopée des cigares ADVentura lors d’une dégustation hors du commun, portée par les récits captivants d’une conteuse.

À travers ses paroles, vous avez voyagé entre pirates, trésors enfouis et aventuriers intrépides. Et parce qu’aucune aventure pirate ne saurait être complète sans rhum, notre mixologiste de la Maison Alpinist était présent pour sublimer l’expérience.

Vous trouverez ici l’intégralité du conte qui a accompagné la dégustation des trois cigares ADVentura.

chapitre 1 – L’explorateur qui devint pirate

Dans la peau d’un pirate – chapitre 1

McKay était un rêveur. Rien ne le destinait à devenir le plus grand des pirates de tous les temps. Il était issu d’une famille modeste. Son père était charpentier de bateau et sa mère s’occupait de lui et ses deux frères.

Cuisinière hors pair, elle lui avait transmis la passion du goût. Il aimait rôder autour d’elle lorsqu’elle amorçait ses préparations. Elle avait la capacité de faire vibrer les plats, faisant danser les fumets aromatiques, pétrissant les pâtes, déglaçant les poissons pêchés du jour. Lorsqu’il s’introduisait dans la cuisine familiale, parfois son doigt s’égarait dans une marinade, relevée et aromatique. Ses narines s’emplissaient de la douceur des fleurs de sureau cueillies pour des beignets. Un jour pluvieux de mars, sa mère le chassa de la cuisine avec douceur en lui disant « va voir ton père à l’atelier, et ramène ce livre de cuisine à Maddy, je ne peux rien faire de ces recettes exotiques. Nous n’avons pas la moitié de ces fruits et épices ici ».

Maddy était leur voisine la plus proche, bien que sa maison fût à une trentaine de minutes à pieds, en direction de l’atelier naval de son père. Sur le chemin, il s’arrêta sous un arbre pour feuilleter le livre de cuisine illustré « délices des Taïnos ». Il y découvrit des recettes de patates douces, avec une chair aussi épaisse que la peau d’un buffle et rugueuse comme la terre des champs. On y décrivait un subtil goût sucré et caramélisé dans des versions bouillie, rôtie, grillée, cuite à la vapeur ou frite. Du manioc, des ignames, des préparations de poisson cuits dans d’étranges contenant en poterie artisanale. McKay en salivait et sa curiosité était attisée par tant de délices inconnus.

Il se leva d’un bond et couru chez Maddy, arrachant quelques feuilles et branchages sur le chemin. Il poussa la porte de la chaumière de Maddy dans un grand fracas, le feuillage flanqué sur la tête, le livre de cuisine dans sa main gauche et une branche de noisetier flanqué sur son œil gauche comme une longue-vue. Il brandit le livre et couru autour de la vieille femme en criant « je suis un explorateur du goût ! Je suis un explorateur du goût ! Je vais vous ramener la saveur la plus surprenante que vous n’aurez jamais essayé ! »

Les années passèrent et McKay se rendait tous les jours à l’atelier naval de son père pour l’aider dans la réparation et travaux des bateaux qui accostaient. Son père lui enseignait la réparation des coques, membrures et cloisons. Père et fils avaient bonne réputation, mais l’achat des matériaux était parfois compliqué pour leur famille modeste. McKay avait un excellent sens de persuasion et parvenait à obtenir des prêts, mais leur affaire battait de l’aile.

Un jour, un bateau accosta au port. Il n’était pas de première jeunesse. Sa coque avait été charriée par de nombreuses vagues, et le mât ressemblait à un vieux chêne centenaire. Une odeur de sapin, d’iode et de crustacés semblait s’accrocher à la charpente. La voile de lin était d’un blanc délavé, rafistolée par endroits. Pourtant, il semblait que ce bateau s’adressait à McKay. C’est comme si une nouvelle âme s’était amarrée dans le port. Il s’approcha du bateau, dont le nom était flanqué en lettre verte sur la coque « From Soil to Soul ».

Un vieillard apparut sur le pont. Les ouvriers levèrent la tête, glacés par cette vision presque funèbre. L’homme était trapu, les cheveux grisonnants, collés à son front par le sel de mer. Presque complètement édenté, il se curait ses trois chicots restants avec une arête de poisson. Ses mollets semblaient avoir été l’amuse-bouche d’un requin et ses bras, tannés par le soleil, étaient lacérés par de nombreuses cicatrices. Il s’exprimait par un rire rauque et grinçant, finissant chacun de ses râles par une longue toux grasse et sourde.

Son bras était orné d’un tatouage d’une femme fantomatique et errante, qui pleure au-dessus d’un cours d’eau. Il manœuvrait son bateau avec des gestes sûrs, teintés d’une sorte d’élégance mystérieuse.

Les jours qui suivirent, on ne le vit pas sortir de son bateau. McKay, durant ses promenades nocturnes, l’apercevait, assoupi sur la plage, marmonnant des phrases semi-poètiques, entrecoupés de râles et d’angoisses qu’il adressait à une femme vengeresse. Un soir de pleine lune, McKay, observait le large de l’océan Atlantique, les pieds enfouis dans le sable frais, pensant au livre de cuisine découvert enfant et à ses mille délices gustatifs, tout en se demandant jusqu’où il faudrait aller pour dénicher les plus belles saveurs.

Le marin apparut derrière lui, et lui adressa, dans une sorte de sifflement entre ses chicots : « Hoi Boy » et s’assit à ses côtés. « I can see your soul. Ya soul is pure. Let me tell ya some stories ». Durant les sept nuits suivantes, le vieillard et McKay se retrouvaient à la lumière sourde de la lune décroissante. Le vieillard lui conta ses péripéties : l’amour pour son navire, les trésors enfouis dans des grottes sombres, des combats avec des monstres marins qui lui semblaient mythologiques, la soif et la faim lors de ses traversées en mer les plus longues, la femme dont il était éperdument amoureux et qu’il avait abandonné pour reprendre la mer.

A la fin des 7 nuits, le vieil homme regarda McKay et lui dit « Ya good boy. Ya got the soul of my ship, now ya carry my story. I’m old now. Repair my ship and it’ll be yours, ya will continue to write my story”.

Le lendemain, le vieil homme avait disparu.

Son bateau était toujours amarré sur le port. McKay s’en approcha et glissa ses doigts sur les lettres gravées sur la coque « From Soil to Soul ». Il susurra, le cœur serré : « Je ferai naviguer ton héritage, vieil homme ».

Les mois suivants, il s’affaira à réparer le navire. Il déchargea les cargaisons, mit en place des échafaudages. Il répara les fissures, les déchirures et les déformations. Il souda, riveta, remplaça les plaques métalliques. Il calfata, gratta la peinture pour prévenir la corrosion, remplaça les pièces endommagées. Il travailla avec ferveur et une passion qui virait presque à l’obsession. Si bien qu’un beau matin, « From Soil to Soul » fut prêt à larguer les amarres. Et McKay, notre aventurier du goût, prêt à embarquer pour une aventure qui s’avéra devenir une épopée.

Chapitre 2 – Le retour Royal

Chapitre 2 – Le retour Royal

McKay avait à présent quitté sa famille depuis 10 ans. Aventurier de renom, il avait découvert de nombreuses contrées et routes commerciales. Il avait développé une expertise particulière dans le commerce d’épices, collectionnant les saveurs et les transcrivant méthodiquement dans des ouvrages illustrés. Certains disent que c’est McKay lui-même qui aurait illustré la première roue des saveurs afin de faciliter la vente des épices et essences florales qu’il ramenait de ses explorations. Au fil du temps sa réputation avait grandi et l’on attendait avec impatience le passage de « l’aventurier du goût ».

McKay n’était pas revenu dans sa terre natale. Il gardait précieusement, pour sa chère mère, dans un coffre caché de son navire, les épices les plus fines, les racines les plus rares, les fruits séchés les plus goûtus, les essences les plus exquises et les poudres les plus délicates, des accessoires de cuisine artisanaux. Il se réjouissait du jour où il pourrait partager ce palais des sens avec sa mère et la faire voyager à travers ses trésors.

Son épopée se poursuivait. Un jour estival, il s’était arrêté sur une île au large de l’océan atlantique, dans la mer des Caraïbes, sur laquelle il s’était rendu pour dénicher une plante nommée origan sauvage. A la fin de sa journée d’exploration et d’échanges commerciaux satisfaisants, il s’attabla à une taverne dans laquelle il avait décidé de passer la nuit.

La salle à manger était flanquée de trois rangées de table en cèdre, lustrée et collantes de Rhum renversé par des marins enivrés. Deux hommes, qui semblaient être des pirates aguerris, étaient assis à l’une des tables. Leur visage étaient éclairés par une lignée de bougies, scellées par la cire jaunie à même la table. McKay s’assit à leurs côtés. Ils baissèrent la voix et se mirent à chuchoter. Leur conversation indistincte laissait s’échapper des bribes de mots « beauté mystique » « ensorcelé » « roi infidèle » « malédiction ».

McKay était intrigué par cet échange entre les deux hommes. Il s’adressa à eux, leur offrit une bouteille du meilleur Rhum du tavernier, un nectar des Barbade. Ce nectar, rond et vieilli dans les tonneaux de la taverne depuis 12 ans, avec des notes d’ananas et de noix, leur réchauffa le palais et délia les langues.

« Une conversation semblait bien vous animer. De quoi parliez-vous, mes amis ? » s’enquit McKay. Le deuxième homme lui asséna un coup de pied si violent que la table en trembla et la flamme de la bougie vacillât.
– Chut, on ne va pas lui donner les ficelles, non ?
– Regarde comme il est flanqué, ce n’est pas lui qui va la satisfaire la reine ! J’aimerais bien voir ça.
– Dites-moi tout, les amis. Et approche ton verre, la marée est basse mon ami. » Encouragea McKay.
– Il y a une île, vraiment très petite, juste en face, là. Elle est si petite qu’avec trois bateau, le port est rempli. Mais elle est puissante, c’t’île, et on dit qu’elle est un peu magique. Enfin, pas l’île, mais la reine. Y’a un roi et une reine qui habitent. Sont riches, très très riches.
– La reine, elle a une beauté qui ferait pâlir la plus immense des baleines du fond de l’eau.
– « Plus que belle, il paraît qu’elle t’ensorcelle en un battement de cil. » Renchérit le deuxième homme, réchauffé par la rondeur du Rhum.
– « Par contre, elle ne sourit pas. On sait que quelque chose s’est passé, mais on ne sait pas trop quoi. Y parait qu’elle a perdu le sourire après l’arrivée d’un navire sur l’île. Son mari il a tout essayé : parait qu’il a même essayé le vaudou. »
– « Et depuis, son mari somme les marins de leur ramener leurs trésors. Il a promis que si un marin ramène un trésor qui ferait sourire la reine, il donnerait le triple en or. Imagine, tu lui donne un rubis, et qu’elle te sourit, il t’en donne deux rubis. Ah non attends, qu’est-ce qu’on avait compté. »

L’homme attrapa les os de poulet restants de son assiette. Il en déposa un sur la table et se gratta la tête avec un air perplexe.
– « On avait dit… Ah oui c’est ça ». Il aligna les deux autres os sur la table.
– « Si tu lui amène un rubis et qu’elle sourit, tu repars avec trois »
– « Et que se passe-t-il si elle ne sourit pas » ? S’enquit McKay.
– « Le roi garde les trésors. Mais parait que tu risques aussi d’être ensorcelé par la reine. Certains ne sont jamais partis de l’île, qu’il parait. » siffla le marin entre deux gorgées de rhum. « Tu m’étonnes qu’ils soient riches, les deux ».

McKay était très intrigué par ce récit. Il demanda aux hommes comment se rendre sur cette île. Le deuxième marin, peu loquace, marchanda une autre bouteille contre des informations. McKay brulait de satisfaire sa curiosité et accepta son marché. Le marin lui tendit alors une pièce d’or, frappée d’un profil de femme. Une beauté à couper le souffle : un nez aquilin, des pommettes saillantes, un regard aussi acéré qu’une dague. Et en effet, un air aussi dur que le plus solide des rocs. Dans les volutes de ses cheveux détachés, on pouvait deviner une carte. Il sortit sa loupe et observa attentivement : il reconnaissait la découpe rocheuse par laquelle il était arrivé la veille. Aucun doute, en tant qu’explorateur aguerri, il saurait trouver cette île mystérieuse.

Musique: Hoist the colours https://deezer.page.link/coJHWpfVHixqfpVr5

Sa nuit fut courte et chaotique. Il entendait la voix d’une femme qui s’adressait à lui, à travers un souffle chaud, larmoyant et sensuel. Le visage de la reine se dessinait dans un écran de fumée, et un rire glaçant brisait ses soupirs, mais il voyait distinctement sa bouche scellée qui ne pouvait esquisser ne serait-ce qu’un sourire. Dans une complainte, elle s’adressait à lui en lui susurrant « Un seul cadeau pourra me satisfaire. Mon sourire sera ton plaisir et ta quête ».

Le lendemain, sa décision était prise : Il parviendrait à satisfaire la reine, il s’y dévouerait nuit et jour. Il y consacrerait sa vie si besoin, mais il réussirait à dessiner un sourire sur ces lèvres délicates. Avant de collecter les plus beaux trésors pour celle qui déjà, hantait ses nuits, il souhaitait réaliser son premier vœu : rapporter le coffre des saveurs à sa mère.

Musique : Tukumulu https://deezer.page.link/BWBuEhjgJQF4tHrk7

Il paqueta ses affaires et leva l’ancre, en direction de sa terre natale. La vision de la reine le hantait, et il sentait en lui une flamme se raviver à chacun de ses rêves tourmentés. Il avait déjà amorcé la collecte des trésors pour sa muse. Lors de ses escales, il usait ses talents commerciaux pour troquer ses épices les plus rares contre des colliers ornés de pierres précieuses et de coupes étincelantes. Au fur et à mesure, il avait constitué un équipage qui le suivait avec ardeur grâce à son audace et son autorité naturelle.

Après plusieurs mois de voyage, il aperçut les contours de sa terre natale qu’il connaissait si bien qu’il aurait su les dessiner dans le sable. Ses cales étaient pleines de trésors rutilants et de senteurs exotiques. Les roulis des vagues faisaient tinter les pièces dans les coffres et si l’on s’aventurait dans l’entrepont la journée, les diamants et perles étaient si étincelantes qu’une rai de lumière aurait suffi à vous rendre aveugle. Mais le trésor le plus précieux de McKay était le coffre destiné à sa mère, dissimulé à l’arrière de la cale.

Le bateau heurta la terre ferme, si bien que McKay sentit son cœur se bousculer contre ses côtes. Il sentait les effluves de crustacés pêché fraîchement emplir ses narines, des fumets de beignets aux acacias qu’il avait goulument dévoré enfant au bord de la plage en attendant son père. Au loin, il apercevait le toit de l’atelier de son père, mais la toiture avait été repeinte.

La plage était bien plus fréquentée que dans ses souvenirs d’enfance. Les femmes relevaient leurs robes de lin pour récupérer des crustacés ovales et les jetaient dans de grands paniers. D’autres travaillaient sur des filets, leurs cheveux noirs épais relevés sur leur nuque.

Il longea la plage en direction de l’atelier. Passé le coude de la plage, il aperçut distinctement l’atelier de son père. Les lettres « McKay Navigator » avaient été remplacées par « Marinero & Sons ». À l’intérieur du hangar, qui avait doublé de taille, il ne reconnaissait plus un visage. Des navires étaient parqués comme des gousses d’ail séchés.

Il s’adressa à un ouvrier, affairé à poncer un mât :
– « Ou est mon père ? l’homme qui dirige l’atelier ? ». L’ouvrier pointa du doigt un homme vêtu d’habits blanc de lin, pincés d’une ceinture d’or à la taille.
– « Un homme plus vieux. Barbe longue, petite taille, les yeux bruns ? »
– « Ho. Parti avec la maladie. Il a travaillé jusqu’au bout mais elle l’a emporté. »

McKay sentit ses jambes se transformer en coton et son estomac se tordre. Les bruits sourds des outils s’amplifièrent autour de lui jusqu’à en devenir assourdissants, le vacarme des rabots et des limes semblait lui percer la tête. Il pivota et couru en dehors de l’atelier.

Ses pas le menèrent mécaniquement à sa maison familiale pour trouver des réponses auprès de sa mère. La maison était là, les odeurs de romarin et de thym flottaient toujours à l’orée du logis. La clôture avait été remplacée, et sur un écriteau en argile, on pouvait y lire « Famille Henderson ». Une femme de dos, les cheveux tressés, était assise sur un banc en tek auprès du potager, tressant un panier.
– « Mère ! ». La femme se retourna, mais il découvrit le visage surpris d’une femme bien plus jeune que sa mère.
– « Où est ma mère ? » lui adressa McKay « est-elle souffrante ? C’est ma maison ici ! ». Elle le regarda intensément quelques secondes, interloquée, puis son visage s’attendrit subitement.
– « Oh. Tu es le fils McKay. Assieds-toi près de moi ». Lui répondit la femme.

Elle lui pressa la main avec douceur, et poursuivit d’un ton bienveillant.
– « Un mal nous a frappé, il y a quelques années. Une maladie qui est arrivé avec un navire. Beaucoup de famille son parties. Ton père s’était occupé du navire, et il est tombé malade rapidement. Il a été l’un des premiers à partir. » « Ta mère s’est occupé de tes frères seule, mais elle ne s’est jamais remise de cette tragédie. Elle est partie quelques années plus tard, convaincue que ton père et toi l’attendiez sur l’autre rive. » dit-elle d’un ton ému. Elle serra tendrement les mains de McKay, comme pour rassurer un enfant blessé. « Tes frères nous ont vendu la maison avant de quitter la cité ».

A cet instant, McKay sentit son cœur se sécher comme un récif à la marée basse. Une douleur lancinante et percutante semblait pulser avec le rythme de son pouls.

Il retourna à son navire et pénétra dans la cale. Il rassembla son équipage, déplia sa carte de navigation et fit rouler la pièce d’or frappée du profil de la reine que l’homme lui avait donnée à la taverne. Il sortit sa dague et la planta sauvagement dans un repère de la carte.

« C’est ici que nous allons ».

Ses cales remplies des plus beaux trésors, il accosta un soir de pleine lune sur l’île de la reine.

Musique « The Magna Carte » https://deezer.page.link/bwgzj8kkTrrpJHkEA

Chapitre 3 – La révélation sordide de Barbarroja

Chapitre 3 – La révélation sordide de Barbarroja

McKay arriva sur l’île à la nuit tombée. La lune se reflétait dans l’eau, faisant scintiller les gouttelettes d’argent sur la poupe du bateau. La silhouette du « From Soil to soul » se découpait dans la nuit comme une ombre chinoise à la lueur d’une bougie. McKay fit descendre ses hommes sur la plage et ordonna à une équipe de monter la garde devant les cales pleines, débordantes de trésors éblouissants et d’épices chatoyantes.

Il rassembla sa chemise sous sa nuque pour en constituer un coussin et s’assoupit sous la lueur froide de la lune. Sa nuit fut emplie de songes tumultueux et un chuchotement féminin aiguisé comme un éclat de verre. Il s’éveilla en sursaut lorsqu’il sentit un souffle chaud sur son épaule et une odeur de rose musquée mêlée à du bois de santal. En fermant les yeux, il voyait en négatif dans ses paupières les yeux en amandes de la reine et ses lèvres pincées, verrouillées par une malédiction.

Musique Nightbird https://deezer.page.link/L6HeZ88TBuJSoXBW6

Le lendemain matin, les coffres furent transportés par son équipage, ficelés avec des cordes à même le dos des hommes pour déplacer leur poids écrasant. Ils s’enfonçaient lourdement à chaque pas dans le sable refroidit par la nuit de cette île mystérieuse. Deux hommes étaient partis en éclaireurs en direction du centre de l’île, où la végétation avait établi domicile. Ils pénétrèrent dans une forêt tropicale humide, ombragée par une canopée dense, se faufilant entre les orchidées, écrasant les mousses et les fougères. Ils mirent trois jours et trois nuits pour arriver sur un plateau au sommet de la végétation, qui surplombait l’île.

Un superbe château se trouvait au milieu du plateau, serti par des jardins bien entretenus et une esplanade spacieuse. Une grappe d’hommes et de femmes était rassemblée au pied d’un arbre, chuchotant et toisant les marins qui arrivaient les bras chargés. McKay arriva aux pieds de la bâtisse en contournant la fontaine de pierres blanches polies agrémentées de saphirs. Ce lieu semblait suspendu dans le temps, dans lequel les secondes auraient été enrichies de trésors inestimables.

McKay pénétra dans le bâtiment. Des serpents enlaçaient les immenses colonnades coloniales décorées de rubis et de diamants étincelants. Les frises des colonnes étaient surmontées de barrettes de saphirs. Un homme, à quatre pattes, décorait le contour des carrelages de marbre à la feuille d’or, avec un minuscule pinceau. Des pièces en trois ors purs étaient scellées aux murs.

Musique Indus « Dead can dance” https://deezer.page.link/LXRdbFcMEgGW2pHB9

McKay et ses hommes s’avancèrent dans la longue allée, qui était bordée de pièces munies de divans rouges. Des hommes et de femmes de toute beauté y étaient allongés. Les murs suintaient une odeur douce, florale et légèrement âcre et les volutes d’opium embrumaient les pièces. Les regards des hommes semblaient vides, envoûtés, comme dépossédés. L’écho d’un chant mystique parvenaient aux oreilles des marins et leur fit instantanément penser aux mythes des sirènes qui peuplent les mers profondes.

Après plusieurs longues minutes de marche à travers ces visions irréelles au long de la galerie, ils virent se dessiner au fond de la pièce deux trônes gigantesques, l’un en platine en le second en or rose. Le dossier des deux assises était surmonté de pointes qui s’élevaient à un bon mètre de la fin du dossier, sculpté en un travail d’orfèvre et orné d’émeraudes et de diamants. McKay trébucha sur un fil d’or et de dentelle aussi fin que des ailes d’un papillon de nuit. En suivant ce fil des yeux, il s’aperçut que ce n’était nul autre que la traîne de la reine, qui se déployait à ses pieds sur plusieurs dizaines de mètres. Plus il s’approchait, plus le chant envoûtant résonnait au fond de ses tympans.

McKay s’approcha de ces deux souverains, qui étaient aussi immobiles que deux statues de marbre. Le cliquetis des pièces et des nombreuses pierres précieuses que lui et ses hommes apportaient s’entrechoquaient dans les coffres. Il aperçut d’abord les yeux de la reine, Des yeux gris argentés, changeants comme le ciel et l’océan avant l’orage, empreints d’une aura mystérieuse et intrigante. Sa beauté était aussi éclatante que celle d’une vague scintillante, éclairée par le soleil, déferlant avec majesté sur le rivage. Le bas de son visage était couvert d’un voile aussi fin et délicat qu’un cristal de glace. Les chants mystiques résonnaient de plus en plus fort, si fort que McKay ne savait dire s’ils étaient réels ou un fruit de son imagination.

« Ma reine » amorça McKay. « Accepte ces trésors, que je chéris depuis plusieurs années. Puissent ces joyaux éclairer ton visage et te rendre le plus radieux des sourires, ou conserve-les en gage de ma dévotion. »

Il fit un signe de la main à ses hommes, et quatre de ses marins s’approchèrent des trônes souverains et déposèrent aux pieds de la reine le coffre le plus précieux : celui de la mère de McKay. La reine se leva et inspecta le contenu du coffre d’un air sévère. Elle effleura de la main le bois d’acajou, plongea ses doigts dans les pièces d’or jaune, saisit délicatement les coupes d’argent et les fit tinter entres elles. Elle passa au milieu de tous les coffres, regardait attentivement le contenu tout en se laissant bercer par les effluves des épices et éblouir par les reflets étincelants de ces trésors.

Elle s’approcha de McKay et s’arrêta à quelques centimètres de son visage, le scrutant attentivement. Elle était si proche qu’il pouvait sentir un parfum délicat de patchouli et de figue de barbarie. Elle décrocha le voile qui recouvrait jusqu’alors le bas de son visage. Malgré sa beauté époustouflante et la finesse de ses traits, son visage restait de glace et sa bouche pincée. Aucun sourire ne se dessinait sur ses lèvres rouge carmin.

« Ce n’est pas assez. » Susurra-t-elle à McKay. « Reprends ton navire et trouve le trésor qui me satisfera ».

McKay reçut cette phrase comme un poignard acéré. Son souffle se fit court et une sensation d’engourdissement s’empara de ses membres. Tout à coup, une tension musculaire accrue figea sa nuque et son cou. Il sentit une colère noire le capturer. Elle grandissait, vibrante et assourdissante, à chacune des pulsations de son cœur. Il tourna les talons et sortit d’un pas raide du palais en direction de son navire. Il s’éloigna de ces murs, mais malgré la distance, le chant mystérieux et envoûtant ne quittait pas ses oreilles.

Les épices les plus douces lui semblaient amères. Les essences les plus subtiles avaient des notes rances. Le rhum avait un goût d’eau douce et l’éclat des pierres précieuses lui semblait terne. Il s’indignait de ses propres errances gustatives, et ponctuellement prenait un membre de son équipage au hasard et brandissait son épée sous son cou en hurlant, la main gauche chargée d’une épice brulante piochée au hasard :Taste it or pay the price ! Et si l’homme avait le malheur d’éternuer ou de grimacer, il le jetait à la mer.

Certains racontaient qu’ils apercevaient parfois McKay, déambulant sur le pont du navire comme s’il était ivre, marmonnant des phrases insensées et poussant des cris rauques et sauvages.

Depuis le jour de sa rencontre avec la reine, McKay ne fût plus le même homme. À la recherche du plus beau trésor qui pourrait satisfaire la reine, il était devenu le pirate le plus cruel et sanguinaire que la mer n’avait jamais porté. Il devint un être sombre, saisit d’une agressivité sans limite. Dans le monde maritime, il s’était forgé plus qu’une réputation : il était devenu une légende. On le redoutait, le craignait, et des contes sordides avec le nouveau nom de McKay étaient racontés aux enfants qui n’étaient pas sages. Pirates et habitants, corsaires et rois, riches héritiers et princesses, tous sentaient leur sang se glacer lorsque son nom était évoqué : Barbarroja.

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