Une histoire d’épices
On parle souvent de notes « épicées » pour qualifier un cigare. Un terme pratique… mais terriblement vague.
Car derrière ce mot se cache en réalité un univers presque infini.
Les épices ont toujours fasciné. Longtemps considérées comme rares et précieuses, parfois même dotées de vertus magiques ou médicinales, elles ont joué un rôle majeur dans l’histoire du commerce mondial. La célèbre route des épices a contribué à relier les continents asiatique, africain et européen, faisant de ces produits parmi les premiers à être échangés sur de longues distances.
Leur valeur élevée, combinée à leur faible volume, en faisait des marchandises idéales pour le transport — et donc des acteurs clés du développement économique.


Une richesse souvent simplifiée
Malgré cette diversité, le terme « épicé » est aujourd’hui utilisé de manière très générique dans le monde du cigare. Pourtant, il recouvre une multitude de sensations. Il est d’ailleurs fréquent de confondre « épicé » et « piquant ». Or, ces deux notions sont bien différentes. Un cigare peut être épicé sans être agressif, tout comme il peut offrir une sensation de chaleur sans réelle complexité aromatique.
Lors de la dégustation, il est intéressant d’aller plus loin que ce simple qualificatif :
- s’agit-il de notes poivrées, sèches et franches ?
- d’une chaleur vive évoquant le piment ?
- ou au contraire de nuances plus douces, terreuses, rappelant le curcuma ou certaines racines ?
Prendre le temps de préciser ces sensations permet d’enrichir considérablement l’expérience.
Épices ou aromates ?
Les épices et les aromates sont souvent confondus, alors qu’ils se distinguent par leur origine et leur usage.
Les épices proviennent généralement de parties sèches de la plante : graines, écorces, racines ou fruits séchés. Elles sont utilisées en petite quantité pour apporter puissance et caractère.
Exemples : poivre, cannelle, curcuma, clou de girofle.
Les aromates, quant à eux, sont issus principalement des feuilles, fraîches ou séchées. Ils apportent davantage de fraîcheur et de complexité aromatique.
Exemples : basilic, thym, coriandre, persil.


Les poivres
On parle très régulièrement de notes poivrées dans un cigare. Mais derrière le « poivre », voua avez un panel très fins de différents arômes. Intéressons nous un peu aux différents types de poivres et à leur palette aromatique.
Le poivrier est une plante grimpante produisant des baies qui changent de couleur en mûrissant (vertes, rouges puis brun foncé). Selon le moment de récolte et le traitement appliqué, on obtient différents types de poivre : vert, noir, blanc ou rouge.
- Le poivre vert est récolté avant maturité. Il est soit séché, soit conservé en saumure. Il est frais, parfumé et peu piquant.
- Le poivre noir est cueilli encore vert puis séché au soleil, ce qui noircit et ride son enveloppe. C’est le plus courant, avec un goût puissant et épicé.
- Le poivre blanc provient de baies mûres dont on retire l’enveloppe. Son arôme est plus doux, parfois très fermenté selon la méthode utilisée.
- Le poivre rouge correspond aux baies totalement mûres, conservées en saumure ou séchées.
Le texte présente aussi des variétés particulières :
- les poivres à queue (cubèbe, voatsiperifery…) aux arômes originaux,
- les poivres longs, plus chauds et piquants,
- et les faux poivres, qui ne sont pas de vrais poivres mais des baies épicées comme le poivre de Sichuan, les baies roses ou le poivre de Jamaïque.
Enfin, la qualité du poivre dépend de plusieurs critères : pureté, densité, humidité, teneur en huile essentielle et en pipérine (molécule responsable du piquant).

Ouvrage de référence
Parcourez cet ouvrage de référence sur les poivres, concocté par le SNPE (Syndicat National des transformateurs de Poivres, Epices, aromates et vanille).
« Les poivres, une palette de couleurs et de saveurs »